Philippe Latour

Photos Philippe Latour
Journaliste Alexis Aubin

Mardi Gras Indians

 

Entre 2018 et 2019, le photographe et musicien Philippe Latour prend la route pendant six mois. Formé en musicologie, il s’intéresse à la place des arts et de la culture au sein des communautés.

Il se rend en Nouvelle-Orléans et y découvre le « Mardi gras indians ». Selon cette coutume, les participants défilent dans les rues de la ville avec des costumes à plume flamboyants inspirés des habits autochtones du Sud des États-Unis. L’extravagance des danses et des habits le fascine. Il entre donc en contact avec un groupe et commence à les photographier tout en les aidant à leur campagne de financement.

 

 

Vieille de plus de 200 ans, cette tradition célébrée chaque année par les communautés afro-américaines de La Nouvelle-Orléans est un hommage aux premières nations. Ces défilés servent à remercier et préserver la mémoire des autochtones qui ont aidé les noirs à l’époque de l’esclavagisme.

 

Malgré sa longue existence, cette célébration est probablement la moins connue des festivités du Mardi gras.

 

À l’origine, les groupes participants aux défilés, les « krewe », limitaient leurs membres par des invitations. Les cortèges portaient souvent des noms de rois ou de héros mythologique de Rome ou la Grèce antique. Les hiérarchies au sein des krewe parodiaient celle des monarchies occidentales.

 

Peu de gens dans les quartiers noirs se croyaient en mesure de participer aux parades. L’esclavage et le racisme ayant provoqué de profondes ségrégations et une division culturelle encore présentent à ce jour. Les communautés afro-américaines ont donc progressivement développé leur propre version des défilés. Entre autres, en nommant leurs krewes selon des noms de tribus amérindiennes imaginaires.

 

 

Ainsi, les groupes qui y participent, travaillent toute l’année à la confection des costumes, qui valent jusqu’à 2000 $. Fabriqués à la main, les déguisements sont composés de milliers de perles colorées, qu’on s’affaire à coudre une à une. C’est un labeur long et méditatif, un aspect moins glamour que Philippe tenait à documenter.

 

C’est qu’en réalité la pérennité du Mardi gras indians repose presque uniquement sur le travail de quelques personnes. Le manque de soutien des institutions et les ressources nécessaires à la fabrication des costumes complexifient la tâche de ceux qui s’investissent tout au long de l’année afin de déambuler quelques heures dans les rues.

Il n’en demeure pas moins que cette pratique culturelle continue de se transmettre de génération en génération.

 

Plus que de simples festivités les défilés du Mardi gras indians sont des symboles de solidarité interculturelle, d’affirmation de soi face à l’oppression et du droit d’expression.

 

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Philippe Latour
Philippe Latour est photographe pigiste et œuvre principalement dans les arts et spectacles à Montréal. Après des études en sociologie de la musique, il se consacre finalement à la photographie comme moyen d’expression. Ses projets portent principalement sur les rôles que prennent l’art et la culture dans différentes communautés.
Alexis Aubin
Originaire de Montréal, Alexis Aubin est basé à Bogota en Colombie. Après une formation en sciences sociales, il débute la photographie au Mexique en 2006. Depuis, il documente les problèmes sociaux en Amérique du Nord comme du Sud, pour des journaux et des ONG tels que Vice, La Presse, Le Devoir, Embassy News, United Nations Mine Action Service (UNMAS) et Norwegian People’s Aid (NPA). Son travail explore l’impact des pressions systématiques et des conflits sur les populations civiles.